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Le Kyklôps (Le Cyclope) Littérature antique, pièce de théâtre grec classique d’Euripide (auteur)
Euripide, (Salamine vers -480 - Macédoine en -406) est un des trois grands tragiques de l'Athènes classique, avec Eschyle et Sophocle. Il reste d'Euripide plus de pièces que d'Eschyle et Sophocle réunis, parce que sa popularité augmentait tandis que la leur déclinait. Il connut un immense succès durant l'époque hellénistique.
Euripide est à l'origine d'innovations qui ont profondément influencé le théâtre, particulièrement par sa représentation des héros traditionnels et mythiques comme des personnes ordinaires faisant face à des circonstances extraordinaires. Il a fait, par cette nouvelle approche, figure de pionnier, et des écrivains ont plus tard adapté à la comédie ces développements, dont certains sont caractéristiques du roman de chevalerie.
Traducteur : Leconte de Lisle écrivain et poète français (1818 – 1894)
Extrait :
Ô Bromios, c’est à cause de toi que je souffre mille maux, maintenant comme au temps où mon corps fleurissait de jeunesse ; d’abord, lorsque, en proie à Hèra furieuse, tu fuyais, délaissant les Nymphes Oréades tes nourrices ; puis, dans le combat des enfants de Gaia, quand, devenu ton soutien de droite, je tuai Egkélados, l’ayant frappé de ma lance au milieu du bouclier. Voyons, cependant ! N’aurais-je point vu en songe ce que je raconte-là ? Non, par Zeus ! car je montrai les dépouilles à Bakkhos. Et, maintenant, ce que j’ai à faire est plus rude que tout cela. En effet, après que Hèra eut lâché sur toi cette bande de voleurs Tyrrhéniens, pour t’emmener au loin, moi, ayant appris la chose, je naviguai à ta recherche avec mes enfants. Sur le rebord de la poupe, je tenais la barre et dirigeais la nef mue des deux côtés par les avirons ; et mes fils, assis sur les bancs, blanchissaient la glauque mer, et te cherchaient, ô Roi ! Et déjà nous naviguions près de Maléa, quand le vent d’Est, soufflant contre la nef, nous jeta sur cette roche Aitnaienne, où les fils à l’œil unique du Dieu de la mer, les Kyklopes tueurs d’hommes habitent des antres sauvages. Pris par l’un d’eux, nous sommes esclaves dans sa demeure ; et on nomme Polyphèmos celui que nous servons ; et, au lieu de jouir de l’ivresse bachique, nous paissons les troupeaux d’un Kyklôps impie ! Mes fils, mes jeunes enfants, paissent les brebis sur les collines lointaines, et moi, je reste ici, chargé d’emplir les abreuvoirs, de nettoyer l’antre, et de servir les repas abominables du Kyklôps.